01 mai 2009
L'ÉTHIQUE? OÙ ÇA?
À Montréal, les cas de malversation pullulent. Au gouvernement provincial, ceux où l’éthique est galvaudée se multiplient. Au fédéral, le gouvernement en place fait tout pour rendre l’accès à l’information difficile, les causes préjudiciables sont entendues à huis clos et tous les rapports des commissaires et vérificateurs dénoncent des situations qui ne sont jamais corrigées. Pour le simple citoyen, force est de constater que nos gouvernements ont perdu tout sens moral et que le mot d’ordre des élus est de se cacher le plus possible pour se faire prendre le moins possible!
Et encore, on est en droit de se demander si cette avalanche de nouvelles à propos de conflits d’intérêt, de fraude supposée et d’irrégularités de toutes sortes n’est pas que la pointe de l’iceberg. Dans l’univers de la concentration des médias et des restructurations que cela entraîne, il y a tout lieu de penser que bien des journalistes doivent hésiter avant de lancer des nouvelles qui pourraient affecter les amis des patrons, que ce soit chez Gesca, Québécor, Transcontinental, Radio-Canada ou ailleurs : il ne faut tout de même pas s’attendre à ce que Paul Arcand (98,5 FM) dénonce les entorses à l’éthique commises par Jean Charest pour avantager son frère Pierre et l’entreprise qui l’engage!
Imaginons s’il fallait qu’on se penche sur certaines administrations municipales de banlieue, d’où sont absents les médias, ou sur des sociétés publiques ou parapubliques qui échappent souvent aux règles de transparence qui les régissent, aussi modestes soient-elles. Les apparences sont parfois trompeuses, mais il flotte actuellement sur le pays une tenace odeur de souffre qui pique les yeux et laisse un drôle d’arrière-goût. Et le citoyen n’y peut rien, sauf voter une fois aux quatre ans …pour qui au fait? Celui qui vient de nous escroquer? Où l’autre qui n’attend que sa victoire pour le faire?
Des syndicats qui copinent avec des motards, des ministres de la santé qui couchent avec les grandes entreprises privées, des femmes de faiseurs d’images à qui on offre des tribunes télévisées où elles viennent jurer que les clients de leur mari sont blancs comme neige, des ministres qui oublient des secrets d’état chez leur maîtresse, des patrons de société d’état parachutés au mépris de toutes les règles, d'autres qui quittent après avoir tout saccagé et qu’on récompense avec des bonus, des maires qui ne voient rien, ne savent rien, ne font rien, des politiciens qui acceptent des enveloppes brunes sans s’étonner, à Montréal ou à New-York… et des citoyens qui s’inquiètent, surtout du fait que ça ne semble inquiéter personne qui pourrait y voir!
N’est-il pas temps de mettre un terme à la complaisance? N’est-il pas le temps d’agir?
30 avril 2009
"COÏTUS INTERRUPTUS" ET GOUVERNANCE
…ou comment faire semblant de ne rien engendrer tout en ne se privant de rien!
Jadis, dans un Québec plus puritain où le clergé et la morale populaire voyaient d’un mauvais œil toute forme de contraception, on pratiquait le « coïtus interruptus ». On prétendait que le retrait de l’homme juste avant l’éjaculation empêchait ainsi toute fécondation. On sait très bien aujourd’hui que cette méthode, si elle permettait à l’homme de prendre son plaisir, était particulièrement frustrante pour la femme tout en ne protégeant aucunement des grossesses non désirées.
Nos mœurs sexuelles ont évolué, mais pas nécessairement celles de nos politiciens. Ils nous resservent donc la recette : en cas de risque de conflit d’intérêt, je me retire et hop! Le tour est joué : personne ne courre de risque! On discute du contrat que mon ministère va accorder à mon entreprise? Je me retire, et le risque de problème disparaît aussitôt! On parle du contrat que j’ai signé avec le copain qui m’amène en voyage sur son yacht? Je m’extirpe de la discussion au dernier moment, et tout redevient correct! Mes collègues députés débattent du prix à verser pour le terrain que le gouvernement va m’acheter pour un quelconque projet? Je m’extrais de la réunion et danger est écarté …coïtus interruptus!
Comme on a tenté de le nous le faire croire jadis, cette pratique est sensée tout régler. Mais comme son analogue sexuel, dans les faits elle ne règle rien tout en ouvrant la porte aux suites les plus fâcheuses. Allons-nous vraiment croire que c’est juste au moment précis où on aborde un sujet en réunion officielle que nos élus et les autres s’influencent mutuellement sur leurs intérêts respectifs? Serons-nous assez naïfs pour imaginer que les tractations et les collusions se décident uniquement au dernier moment, lors des rencontres qui ne servent habituellement qu’à officialiser ce qui a été convenu d’avance? L’apparence de prudence dont veulent actuellement faire preuve nos gouvernements, pour éviter les conflits d’intérêts et se mettre à l’abri des fraudes et de la corruption, ne peut donner qu’une apparence de résultats. Dans les faits, tout comme le coïtus interruptus de jadis, il ne sert qu’à tromper et masquer une situation où ceux qui le souhaitent en profitent à plein tout en se lavant les mains des conséquences.
21 février 2009
Les Québécois? Des crétins!
Les humiliations se poursuivent et se multiplient. Jusqu’en 1995, les Canadiens ont eu peur, vraiment peur, que le projet souverainiste, qui avait le vent dans les voiles depuis 25 ans, ne se concrétise. Puis il y a eu ce référendum de 1995, volé par le camp du NON dans le mépris total des lois québécoises. Et ils s’en sont tirés ! Ils ont même réussi à faire croire que leur geste était d’autant plus légitime que le camp du OUI aurait lui aussi, selon leurs dires, triché en rejetant trop de bulletins le soir du vote ! Puis il y a eu aussi cette rhétorique bancale qui a servi a dénaturer complètement le discours tenu par Jacques Parizeau le soir de ce référendum, une rhétorique perverse dont la logique alambiquée faisait de Parizeau et de tous les souverainistes, par association, des racistes de la pire espèce.
Ce fut plus tard l’épisode pitoyable de la commission Bouchard-Taylor, véritable psychodrame national commandé par Jean Charest qui mit en scène tout ce que le Québec peut compter de zélotes, de bigotes, de curés misogynes, de mégères enragées et d’adéquistes xénophobes accompagnés d’une couverture de presse rien de moins qu’internationale. Ce qu’on a dû rire de nous dans les chaumières de la planète !
Pendant ce temps, la langue française perd du terrain mais, depuis notre ministre de la culture à la responsable de l’office de ladite langue, tous s’entendent pour affirmer, malgré toutes les évidences et les statistiques qu’on publie à corps défendant, qu’il n’en est rien et que les Québécois sont des anxieux paranoïaques !
Simultanément, des journalistes du Canada anglais affirment que le racisme des Québécois est à l’origine des comportements extrêmes comme celui de Marc Lépine à Polytechnique ou de Kimveer Gill à Dawson. Là où on aurait sans doute fusillé le coupable si quelqu’un d’ici avait avancé de telles horreurs sur, par exemple, les Juifs, nous n’avons même pas eu droit à des excuses dignes de ce nom. Quels minables sommes-nous !
Puis il y eut cette superbe et flamboyante réécriture de l’histoire à l’occasion des fêtes du 400e de Québec, où Champlain devenait soudainement le fondateur du Canada, et où l’anglophonie pouvait quasiment s’y croire elle aussi des racines ! Pendant ce temps, Pierre Curzi fut ostracisé pour avoir osé critiquer la venue d’un fier porte-parole de l’Angleterre, aussi Beatles soit-il, pour marquer le point culminant de ces fêtes. Et Pauline, brave Pauline, de battre sa coulpe, et celle de tous les indépendantistes, dans un geste d’auto flagellation largement médiatisé. Ayons honte !
La France, notre alliée supposée qui a toujours su, à ses heures, se faire un peu putain, en a récemment rajouté par la voix de son président qui n’a pas lésiné en traitant, avec son savoir-vivre habituel, les souverainistes d’ici de sectaires et de querelleurs… Tassez-vous, pauvres cons ! Desmarais était très content, Charest faisait semblant d’être gêné, Le Globe and Mail n’a pu s’empêcher d’en jouir publiquement, Harper a vite repris la balle au bond à la Chambre des Communes, et les pauvres cons sont rentrés chez eux, un peu plus écrasés.
Au même moment, du côté de Parcs Canada, un fonctionnaire franco-manitobain complexé, qui rêve sans doute inconsciemment de devenir un jour aussi puissant qu’un Anglais, a concocté une autre grande fête des Québécois : celle de leur défaite ! Et ce fut l’étonnement général quand quelques résistances se sont manifestées. Comme par hasard, c’est en évoquant sans autre preuve des « risques de violence appréhendée » (tiens donc, des relents d’octobre 70 ?) de la part des Québécois souverainistes que tout le monde a reculé et qu’on a mis un terme à ce délire fédéraliste. Encore une fois, c’est de la faute aux méchants Québécois indépendantistes !
Peuple de racistes, xénophobes, paranoïaques, imbéciles, sectaires, querelleurs et violents, voilà ce que nous sommes ! À force de le crier sur toutes les tribunes, de l’écrire dans tous les grands journaux, de le répéter dans tous les médias sans que jamais aucun geste d’opposition digne de ce nom ne se manifeste, le monde entier intègre le message. Et les Québécois aussi, surtout les plus jeunes, qui n’ont plus envie de se faire bafouer et crétiniser comme leurs parents et qui, à défaut d’exemples forts, optent en masse pour l’indifférence politique et la tranquille assimilation. Dans deux ou trois générations, celle de mes petits enfants sans doute, les effets débilitants de la consanguinité dont on nous stigmatisait encore tout récemment ne paraîtront plus. À moins qu’on ne prenne prétexte de notre personnalité d’inadaptés abrutis pour nous anéantir encore plus rapidement, et pour de bon cette fois-ci.
08 décembre 2008
AUJOURD'HUI, JE M'ABSTIENS
Voter est un geste important. Il signifie que nous sommes d’accord avec la plus grande part de ce que propose la personne ou le parti à qui va notre vote. C’est le geste fondateur de la démocratie, et sans nul doute le plus significatif que peut poser l’électeur.
C’est pourquoi, aujourd’hui, jour d'élection au Québec, je m’abstiens.
Parce que je ne veux pas voter pour un parti qui ne propose rien d’autre que de faire de la gestion à la petite semaine, d’être un « bon gouvernement! ».
Parce que je ne ceux pas voter pour des partis qui n’ont aucun véritable projet de pays, ou même de nation.
Parce que je refuse de voter pour des gens qui aiment mieux « diviser pour régner », plutôt que pour des gens rassembleurs qui veulent s’unir pour construire.
Parce que je ne veux pas élire des gens qui ne souhaitent manifestement pas modifier le type de scrutin afin que la population soit démocratiquement représentée en fonction de son vote.
Parce que l’annulation du vote, dans notre système électoral, n’est pas comptabilisée, justement pour éviter que le vote protestataire ne se manifeste.
Parce que l’abstention est la seule manière officielle d’éviter de cautionner une farce sociopolitique qui tourne de plus en plus au drame.
Et qu’on ne vienne pas raconter que l’abstention enlève le droit de se plaindre et de critiquer! C’est tout le contraire. Elle permet justement de crier plus fort et plus efficacement pour que ces gens, qui souhaitent obtenir notre votre, proposent enfin quelque chose qui le mérite. C’est simple, démocratique, et honnête. Je paie des taxes et des impôts, je respecte les lois, j’ai tous les droits. Y compris celui de ne pas voter pour des gens, individuellement ou collectivement réunis en parti, dont la fourberie, l’intéressement, l’incompétence ou la démagogie sont trop évidents. Moi, ce soir, j’aurai les mains libres et le cœur en paix : je pourrai dire que je n’ai cautionné d’aucune manière ce gouvernement décevant.
15 septembre 2008
SEPT PROJETS POUR UN PAYS
Le plus désolant des campagnes électorales récentes, fédérales ou provinciales, est sans nul doute l’absence de projets structurants, rassembleurs et stimulants. Des projets qui font rêver sont importants pour le développement des peuples. Ils sont aussi essentiels à l’avenir de toute nation qui se respecte. On manque d’idées au Québec? En voici quelques unes.
- Un port en eau profonde dans le grand nord afin de profiter du trafic maritime qui s’y développe à cause du réchauffement climatique …avec un pipeline pour transporter le pétrole vers les sud où on le raffinera. Ou encore pour y amener l’eau potable qu’on exportera vers l’Europe et le Moyen-Orient.
- Des chemins de fer électriques partout au Québec. Nous ne fabriquons pas de véhicules automobiles, et nous n’avons pas de pétrole. Nous devons importer ce qu’il faut pour fabriquer l’asphalte et nos routes sont un cauchemar à entretenir, surtout en hiver. En revanche, nous avons du fer et de l’acier en quantité, de l’électricité non-polluante, et une grande expertise dans l’industrie du rail. Qu’est-ce qu’on attend?
- Un système de santé incluant les soins dentaires et les médicaments basé exclusivement sur la gratuité et l’universalité, misant sur la prévention avant l’intervention. Bien sûr, ça coûtera plus cher d’impôt, mais tellement moins que ce que ça nous fera économiser en assurances privées et en problèmes de toute sorte.
- Une vraie régionalisation des pouvoirs. En tant que pays, le Québec est trop grand et ses régions trop disparates pour ne pas créer des « provinces » aussi autonomes que possibles. Avec de véritables gouvernements régionaux pouvant lever des impôts, la population toute entière se sentirait plus près des centres de décisions et s’impliquerait davantage en fonction des véritables enjeux. Et c’est sans compter l’effet d’émulation!
- Un véritable virage vert. On n’a pas de pétrole? C’est merveilleux! Donnons-nous des lois pour arriver à court terme à une utilisation exclusive des énergies propres et renouvelables : hydro-électricité, nucléaire, éolien, géothermique, etc. Depuis les transports privés ou en commun jusqu’au chauffage des habitations et des lieux publics.
- Une réorganisation fondamentale du travail. Chaque matin, des centaines de milliers de maisons se vident pendant que les Québécois s’entassent dans des bureaux après de longues minutes sur des routes débordées. Chaque soir, c’est l’inverse. Le jour, on chauffe des maisons vides, et la nuit ce sont les tours à bureaux. On est en 2008 et le télétravail est possible pour une majorité de gens, étudiants et travailleurs! Qu’est-ce qu’on attend pour en faire un projet national?
- Une actualisation du système d’éducation fondée sur les défis du XXIe siècle. Obligatoire, gratuit (incluant l’université), laïc et exclusivement public, un tel système verrait à former la personne tant sur le plan des connaissances que des comportements. Au lieu de se confiner à un cursus scolaire encore calqué sur celui de la Rome de l’antiquité, ou de Charlemagne, on pourrait l’actualiser en y enseignant aussi la médecine et les autres sciences de la nature dès le primaire!
Bien sûr, nous sommes ici dans le domaine de l’utopie, mais les utopies sont essentielles à la mobilisation des collectivités car elles permettent le rêve et, plus encore, d’entrevoir sa possible réalité. Victor Hugo disait « L’utopie est la vérité de demain ». Pourquoi ne pas s’accaparer nous-mêmes de cette vérité avant que d’autres ne le fassent?
20 août 2008
L’INDÉPENDANCE DU QUÉBEC? POURQUOI?
Il n’y a pas un peuple qui souhaite son indépendance sans y voir de très bonnes raisons.
Pas des raisons philosophiques comme « s’autogérer » ou « s’affirmer en tant que nation ». Sûr, ça plaît aux intellectuels, mais ça ne dit rien au monde ordinaire.
Pas, non plus, des raisons linguistiques plus ou moins claires: quand on habite Jonquière ou Cap-Chat, la menace de l’assimilation prochaine à l’anglais demeure somme toute assez théorique.
Quant aux raisons purement culturelles, elles peuvent paraître tout aussi nébuleuses pour la plupart : Céline a beau chanter le plus souvent en anglais et aux États-Unis… allez donc dire aux gens qui vont aller l’écouter sur les Plaines dans quelques jours qu’elle n’est pas québécoise, juste pour voir.
Pour souhaiter s’engager sur la voie de l’indépendance nationale, il faut que la plus grande majorité puisse y voir de vraies bonnes raisons : soit des problèmes impossibles à résoudre autrement, soit des projets à faire rêver qu’on ne peut mener à terme dans le cadre actuel. De toute évidence, actuellement les Québécois en voient de moins en moins.
Malheureusement, dans tous les discours des promoteurs actuels de l’indépendance du Québec, ce sont les thèmes abstraits qui reviennent. Parfaits pour être discutés entre savants universitaires, ces thèmes sont peu assimilés et mal compris par la plus grande partie de la population et, à cause de cela, deviennent de plus en plus source d’inconfort, sinon de rejet, pour une majorité croissante.
Pour donner le goût de l’indépendance, c’est simple: il faut d’abord donner envie d’un pays. Et avant d’être le sujet d’un traité de droit constitutionnel, un pays c’est un projet physique, géographique et social qui diffère grandement de tout ce qu’il est possible de faire dans la fédération.
Les visées nationalistes du Québec ont toujours été populaires quand elles s’appuyaient sur des problèmes ou des projets concrets : la conscription, l’intégrité du territoire avec la question du Labrador perdu, le problème du contrôle de notre télédiffusion avec des câblodistributeurs régis par le CRTC, la nationalisation de l’hydro-électricité et les mégaprojets comme Manicouagan et la Baie-James, la création de la régie de l’assurance-santé et de la SAAQ, le régime de rentes du Québec ou encore notre système de garderie qu’on s’empresse d’imiter ailleurs.
Mais voilà, on dirait que depuis quelques années, la source aux idées s’est tarie. On a voulu élire des gestionnaires au lieu des visionnaires. Et l’envie du pays nous passe. Ce n’est pas une coïncidence.
12 mai 2008
INCOMPÉTENCE ET IGNORANCE
Dans le Vieux-Montréal, rue St-Gabriel à l'angle de Notre-Dame, sur le mur ouest de l'édifice Ernest-Cormier, dans un des secteurs les plus fréquentés par les touristes et autres visiteurs voulant tâter de près la culture et l'histoire de la Nouvelle-France jusqu'à aujourd'hui, il y a une jolie plaque de bronze. Cette plaque, belle et coûteuse, est vissée dans la paroi de la bâtisse à près de trois mètres du sol, à l'abri des vandales et des voleurs. Elle porte la signature de la Commission des monuments historiques.
Sous les armoiries du Québec et sa devise "Je-Me-Souviens, on peut y lire ce qui suit: "Ici s'élevait la maison de Simon Fraser, agent de la Compagnie du Nord-Ouest en 1808, découvreur de la maison qui porte son nom en Colombie-Britannique (...)".

(photo J. Desautels)
Cela fait quelques années que la plaque est là. Conçue et créée par une commission d'experts, fondue et fixée à la demande de ceux-ci, elle a été lue, relue, révisée, et approuvée par 10, 20 ou 30 soi-disant spécialistes de notre passé ...Et personne n'a remarqué l'erreur. Elle est pourtant là, aussi énorme qu'évidente. Et elle doit avoir fait sourire bien des visiteurs qui, guide touristique mieux documenté en main, on su voir la bourde. "...découvreur de la maison qui porte son nom... - Dis-donc, Irma, c'est un cottage ou un bungalow qu'il a découvert, l'explorateur?"
Simon Fraser, commerçant de fourrures, n'a jamais découvert de maison en Colombie-Britannique. Il a plutôt exploré le majestueux fleuve Fraser, qui coule sur 1400 km, depuis sa source près du mont Robson jusqu'au Pacifique près de Vancouver.
À force de vouloir occulter notre histoire, même nos experts finissent par l'oublier.
25 janvier 2008
LA LANGUE BIEN PERDUE - crise linguistique au Québec
La bataille de la langue est perdue. Les chiffres qu’on a, comme sans doute ceux qu’on nous cache, ne viennent que confirmer ce que n’importe quel observateur sensible à la condition linguistique du Québec sait déjà depuis longtemps. On a beau essayer de camoufler ces chiffres, comme l’OQLF, d’en trahir la vérité comme le fait plus pernicieusement aujourd’hui dans La Presse Yves Boisvert, ou encore de plonger jusqu’au cou dans la pensée magique comme le faisait hier sa consoeur Lysiane Gagnon, les faits demeurent, évident et impitoyables. La réalité est peut-être même pire, si on considère les efforts faits par ceux qui contrôlent l’information pour éviter de plonger le Québec dans une autre crise linguistique.
Dans un article de l’Actualité paru il y a peu, l’écrivain Jacques Godbout prédisait la disparition de la culture québécoise fonctionnelle d’ici 2070. Les dernières données permettent de croire qu’il était très optimiste. Les plus jeunes, privés de références historiques, acculturés, plongés bien malgré eux dans un univers globalisé et une mondialisation imposée, voient bien que, de Pékin à Washington en passant par Bruxelles, le pouvoir, économique ou politique, s’exerce en anglais. Les plus vieux, fatigués par tant de batailles toujours à recommencer, épuisés par une société avide de productivité et de performance, dégoûtés par les mensonges et les trahisons des gouvernants et autres puissants, ont perdu le peu le confiance qu’ils s’étaient un jour donné et ont pris refuge dans un cynisme des plus improductifs. Rien qui permette d’espérer.
Le frisson linguistique qui fait aujourd’hui trembloter le Québec illustre bien cette situation. Au lieu d’agir, au lieu d’intervenir rapidement, fermement, avec la détermination de vouloir changer les choses, on se bat sur fond d’études et de chiffres déjà bien connus. La logique de réflexion a remplacé la logique d’action. Que ferons-nous quand tous les chiffres auront été dévoilés? On en débattra pendant des mois et cela mènera éventuellement à la mise sur pied de comités et commissions, puis on attendra leurs recommandations. Ensuite, on discutera de celles-ci, longuement. Puis on créera un organisme gouvernemental qu’on mandatera pour développer un plan d’action. Éventuellement, cela mènera à des projets de loi, puis à des règlements d’application, mais surtout à …dans bien longtemps.
Le problème est bien plus profond que celui de la langue d’affichage ou du commerce chez le petit dépanneur. Le problème est lié à l’effritement de la culture, à la disparition du sentiment d’appartenance, à l’affaiblissement des nationalismes (ici comme ailleurs). Il est surtout lié aux volontés du grand commerce international de niveler et d’aplanir les différences toujours trop coûteuses à gérer, et à nos gouvernements non représentatifs, trop faibles, et peut-être parfois un peu corrompus, toujours trop enclins à céder devant le poids des lobbys.
Si on pense changer les choses, il faut passer à l’action, vite, très vite, et avec la dernière des énergies. De plus il faut que le traitement soit comme le mal : invasif et global, transformant à la fois tous les aspects de notre société. Et cela commence d’abord par prendre le contrôle de notre destinée, à tous points de vue.
16 novembre 2007
Publicité et assimilation au Québec
L'industrie québécoise de la publicité est née de la révolution tranquille, à une époque où la volonté identitaire des Québécois, jointe aux visées politiques nationalistes des élites politiques, sociales et culturelles, a poussé l'extravagance jusqu'à s'imaginer devenir une nation. Dans ce contexte, il devenait logique qu'on s'approprie les outils de son identité. Des agences de publicité québécoises ont vu le jour, fondées par des entrepreneurs qui en avaient assez de se plier aux diktats des publicistes de Toronto et de se limiter à traduire ou à adapter pour le marché indigène les stratégies pensées et développées au Canada anglais.
La conjoncture était favorable : le Canada célébrait en grandes pompes le centième anniversaire de sa confédération, rappelant à tous que ce pays était le fruit de la cohabitation plus ou moins consentie de deux grandes nations. Montréal était en effervescence avec les préparatifs de son Expo 67 qui allait mettre le Québec au monde en permettant au citoyen moyen de découvrir, à l'inverse de Jacques Cartier, qu'un tel monde existait au-delà de Gaspé. Des politiciens commençaient à caresser de plus en plus ouvertement des idées autonomistes. Les retombées du virage vers une éducation de qualité se manifestaient par les premiers diplômés formés à des idées laïques et égalitaristes. Et les actions plus agressives de certains groupes moins patients portaient aux oreilles des plus sages les revendications que des années de noirceur n'avaient pas réussi à faire oublier. Ce mélange, si particulier que les chances qu'il se reproduisent sont extrêmement faibles, est aujourd'hui connu sous le nom de révolution tranquille.
Dans ce contexte, l'émergence de la publicité québécoise a paru simplement normale. C'était un geste d'émancipation prévisible dans le cadre d'une fièvre de maturité sociopolitique qui s'était emparée de ce qui se voyait maintenant "un pays". Le développement de l'industrie fut favorisé par des lois qui exigeaient désormais un minimum de respect de la langue française, législations diverses qui allaient culminer avec la "Charte de la langue française ", ou "loi 101" comme on l'appelle encore souvent, et qui venait consacrer la prédominance du français sur l'anglais dans une foule de situations, incluant la communication publicitaire.
Tout la population s'est mise à faire preuve de vigilance : les raisons sociales devaient se franciser et même les arguments évoquant la globalisation ne soulevaient aucune sympathie. Pire, la moindre entorse à la prédominance du français dans l'affichage ou à l'inclusion d'instructions en français dans un emballage donnait lieu rapidement à des dénonciations et les entreprises coupables étaient invitées à s'excuser et à faire amende honorable. Le Québec fut le seul endroit au monde où Benetton du adapter son slogan qui, de "United Colors of Benetton", devint ici "Toutes couleurs unies ". Et des firmes japonaises d'équipement audio-visuel durent apprendre à traduire par "avance rapide" la touche "Fast Forward" de leur magnétoscope sous peine de perdre de lucratifs contrats émanant de producteurs et de diffuseurs d'ici.
Le visage de la publicité a bien changé depuis ce temps. Trente années plus tard, la situation n'est plus la même. Radio-Canada, qui jouait jadis un véritable rôle de chein de garde de la langue dans les publicités, laisse aujourd'hui passer à peu près n'importe quoi, y compris le mot "tatou[1]" en référence à "tatouage" dans une publicité de Suzuki[2], ou le mot "Sponge Towels" pour remplacer " essuie-tout" dans un autre message[3]. De son côté, l'Office de la langue française du Québec a vu ses effectifs fondre comme neige au soleil depuis quelques années et n'est même plus en mesure de traiter toutes les plaintes qui lui sont acheminées. Ses inspecteurs, pendant un temps au nombre de plusieurs dizaines, ne sont plus que quelques uns face à une situation qui se détériore, pratiquement réduits à l'impuissance devant la lourdeur de la tâche qui les déborde.
Au fil des années, la Charte de la langue française au Québec s'est érodée, et les jugements de la Cour Supérieure du Canada dans diverses causes la contestant, dont l'Arrêt Ford en 1988, ont réussi à la rendre bien inoffensive dans ses prétentions les plus spectaculaires. Si Office Depot avait dû jadis changer sa raison sociale pour Bureau en Gros en emménageant au Québec, Home Depot est resté Home Depot, comme Future Shop, Brick, Blockbuster Video, et autres Best Buy. Ce recul est passé inaperçu dans un public de plus en plus indifférents et relativement épuisé par des années de luttes bien inégales entre la législation québécoise et la Cours Suprême de la fédération canadienne. Il n'a cependant pas échappé aux communicateurs chevronnés des entreprises nationales et multinationales qui, brimés pendant des années, ont rapidement sauté sur l'occasion pour revenir à l'anglais. La Royal Bank of Canada qui s'était francisée en devenant au Québec la Banque Royale du Canada, a subtilement corrigé la situation en se transformant en groupe RBC, Entreprises Bell Canada est devenue BCE (Bell Canada Entreprises) tout comme la compagnie mère détenant Air Canada s'appelle ACE Aviation Holding (Air Canada Entreprises).
Les publicités s'affichent de plus en plus en anglais, et même les publicités en français peuvent facilement se décliner sur une ritournelle entièrement en anglais, comme Diana Krall qui chante les mérites de la Chrysler[4], ou encore de récentes publicités pour Chevrolet, Saturn, Honda, et bien d'autres, construites sur un texte se limitant souvent aux paroles anglophones d'une chansonnette à la mode. Cela eut été totalement inconcevable il y à peine vingt ans. Même si les concepteurs francophones d'alors étaient fréquemment de fervents amateurs de rock anglophone (surtout britannique), jamais il ne leur serait venu à l'idée d'intégrer cette musique dans une production culturelle aussi sensible que la publicité! On savait alors reconnaître le danger pour en avoir connu les méfaits !
L'affichage unilingue dans une autre langue que le français est interdit au Québec. Pourtant, les détaillants de chaussures Yellow n'hésitaient pas à afficher, pour la rentrée scolaire de 1999, des panneaux où le seul texte se limitait à "Go !" avec, en signature, "Yellow". Provocation ? Il est vrai que son principal concurrent n'avait comme texte que sa signature sur ses panneaux : "Payless Shoe Store"... c'est sans doute cette trouvaille créative de Yellow qui a inspiré le slogan du parti[5] qui a gagné les dernières élections municipales de Montréal en 2005 : "Go Montréal ! ". Rappelons, pour l'anecdote, que Montréal se targue d'être la première ville francophone d'Amérique.
Au fil des années, depuis environ 10 ans, la situation se dégrade lentement, presque imperceptiblement. De message en message, on en rajoute un peu plus et on repousse à chaque fois la limite tolérée par le public. Cela se passe dans un contexte politique où le discours identitaire s'est affaibli, et où les chiens de garde se sont endormis avec l'âge. Et aussi dans un contexte sociale où les plus jeunes générations, mal outillées et peu compétentes sur le plan linguistique, ne peuvent se montrer très critiques d'un phénomène qui leur échappe. Aussi, subtilement, on assiste à un lent déplacement des contrats publicitaires jadis acquis au Québec vers des agences de Toronto ou d'ailleurs dans l'anglophonie internationale qui, au nom de la globalisation, visent le nivellement des cultures et la disparition des régionalismes, voire même des nationalismes. On revoit désormais à la télévision ces messages mal traduits et postsynchronisés sans trop de soin, comme ceux qu'on déplorait tant en 1965.
Et les annonces imprimées sont des traductions, de plus en plus fréquemment, et mauvaises, là aussi très souvent. Et les artistes de l'Union des artistes travaillent moins qu'avant en publicité, et les agences rencontrent des problèmes à maintenir leur volume d'affaires, etc... Anyway.
[1] Pour éviter toute confusion, rappelons qu'un tatou est un mammifère sud-américain recouvert de plaques cuirassées et pouvant atteindre 1 mètre. Ne pas confondre avec Tattoo, mot anglais qu'on traduit en français par tatouage.
[2] Suzuki, Message télé "escalade" pour VUS Grand Vitara, 2006-2007
[3] Dans ce dernier cas, le message est plus pernicieux car il est dit par un enfant de 4-5 ans qui "corrige" son éducatrice.
[4] Publicité de 2003.
[5] L'Union des citoyens et des citoyennes de l'Île de Montréal, parti du maire Gérald Tremblay élu en novembre 2005.